Lise Gaboury-Diallo aux Amériques Littéraires 2013-2014

12 mars 2014
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Gaboury-Diallo, Lise, 2009 (2)

Deux questions posées par le Centre de la francophonie des Amériques à Lise Gaboury-Diallo

 

Le Centre : Riche de vos expériences internationales, vous vous intéressez aux littératures de la francophonie, du Québec et du Canada français, des Antilles et de l’Afrique noire, en passant par le Maghreb. Dans quelle circonstance décrivez-vous le mieux le territoire qui vous habite : quand vous êtes dans ce territoire ou quand vous êtes à l’extérieur de celui-ci ?

Lise Gaboury-Diallo : Au fil des ans, il m’est arrivé d’adopter chacune des deux postures que vous évoquez. D’abord, celle de l’auteure qui écrit in situ, c’est-à-dire qui observe et décrit un territoire qu’elle voit sous ses yeux. Je suis plongée ‘dedans’, pour ainsi dire, et n’ai pas besoin vraiment de mes souvenirs pour procéder à une description détaillée. Puis, celle de l’écrivaine qui, étant loin du lieu qu’elle souhaite convoquer sur la page, écrit ‘d’en-dehors’. Dans ces cas, je me fie à des souvenirs plus ou moins exacts d’un endroit et j’essaie de le décrire. Mais en fin de compte, il me semble que c’est important de souligner que dans un cas comme dans l’autre, cette réalité géographique que je veux saisir passe toujours par le filtre de ma perception et de mon interprétation d’une situation vécue.

Le Centre : Vous parlez de l’écriture comme d’ « un rêve éveillé qui me permet de voyager autrement, dans des lieux inconnus et par des moyens autres », qu’est-ce qui est plus important pour vous, le territoire intime ou le territoire géographique dans la genèse d’une œuvre ?

Lise Gaboury-Diallo : Je crois que chaque individu est d’abord et avant tout ancré dans un territoire intime. Ce que je veux dire par là c’est que, pour chacun de nous, notre réalité (physique, psychologique, géographique ou autre) se limite à ce que perçoit notre cerveau et ce que ressentent les sens de notre corps. Bien des choses nous frappent dans un décor, mais beaucoup d’autres nous échappent évidemment… Je peux être au Sénégal ou au Manitoba, mais je suis toujours ici, en moi, avant tout… Et je n’ai pas nécessairement besoin de voyager loin pour vivre le dépaysement, avoir le sentiment d’être dans un lieu exotique. Et peu importe où je me trouve, ailleurs ou chez moi, je suis ‘ici’. Ce qui arrive ou peut arriver à un endroit précis, si je veux le décrire, je dois le réinventer. Et je n’ai que des mots pour broder chacun de mes ‘rêves éveillés’.

Centre de la francophonie des Amériques